Ivry : l'art et la ville

L'implication historique d'Ivry pour l’art dans la ville

La politique d’art public

La politique d’art public en France est promue essentiellement par le dispositif légal du 1% pour la décoration des bâtiments publics et par la commande publique. Pour les collectivités territoriales, le «1%» s‘applique aux constructions dont la compétence leur a été transférée par l’état, par la loi de décentralisation.

La commande publique, quant à elle, est un dispositif mis en oeuvre par le Ministère de la Culture destiné à accompagner les opérateurs (collectivités territoriales notamment) souhaitant implanter une oeuvre d'art dans un espace donné. Procédure volontariste, elle n'est pas liée à une obligation, et des villes, actives sur le plan culturel, ont souhaité favoriser ce type d’aide à la création, c’est le cas d’Ivry.

Sur Ivry

La qualité du suivi dès le début (1951) du dispositif du 1%, puis l’engagement de l’OPHLM dans le cadre du réaménagement du centre ville avec les architectes Jean Renaudie, Jeanne Gailhoustet ou encore Nina Schuch, ont engendré une synergie moderne dans la ville.

Ce contexte a encouragé la galerie Fernand Léger à promouvoir un nombre important de productions d’œuvres sculpturales ou murales, et à mettre en œuvre une initiative comme la bourse d’art monumental. A travers ce processus, la position d’Ivry se distingue en privilégiant le soutien à des visions singulières plutôt qu’à la commande.

De plus, des dons ou des achats, des réalisations avec ou sans l’aide d’autres pouvoir publics, ont contribué a l’émergence des 45 œuvres installées et entretenues dans l’espace public.

La Bourse d’art monumental est un moment singulier de rencontre entre le public et la création artistique. Initiée en 1976, la bourse d’art monumental innove, en permettant la réalisation d’œuvres d’art dans la ville, tout en respectant collégialité et transparence dans la sélection de leurs auteurs.

Il y a 28 ans, les précurseurs de cette initiative décentralisée ont d’abord imaginé un musée de plein air pour que tous les publics rencontrent la création contemporaine sans franchir de seuil. Bi-annuelle depuis 1981, la Bourse d’art monumental a acquis une renommée internationale. Elle est ouverte à tout artiste pratiquant une forme d’expression plastique quels que soient son âge et sa nationalité.

La bourse d’art monumental se déroule en cinq temps dont la sélection sur dossier par un comité. Puis une exposition est consacrée aux six artistes retenus, pendant laquelle le lauréat est désigné. L’année suivante il bénéficie d’une exposition personnelle. Enfin, dans les années à venir, le lauréat est invité à présenter deux projets pour une réalisation dans l’espace urbain.

D’années en années, des artistes de tous horizons se sont mesurés à l’échelle de la ville. Les œuvres monumentales réalisées à Ivry sont, dans la plupart des cas en bon état, signe sans doute d’une bonne réception de ce travail. Pour mieux s’approprier ce patrimoine contemporain qui accompagne la vie de tous au quotidien, une promenade virtuelle a été mise en ligne sur le site Internet de la ville, de même que des moments de médiation spécifiques à cet ensemble sont organisés au long de l’année.

Depuis 1976, les pratiques artistiques ont changé ainsi que l’urbanisation. Aussi, la prochaine cession de la Bourse a été repoussée afin de réaliser l’implantation des œuvres des lauréats en attente, et d’inventer, pendant cet intervalle, de nouvelles modalités d’inscription de l’art dans la cité.

Dans cette réflexion globale, la «Bourse d’art monumental» pourrait devenir «Ivry art public».

En effet, la notion d’art Monumental fait référence à des œuvres conçues en écho à l’architecture. Or, aujourd’hui, peu d’artistes s’y reconnaissent, travaillant plus directement sur le tissu urbain ou concevant moins la ville comme une suite de bâtiments fonctionnels que comme un paysage plus global. Les villes tendent à des mutations orientées par des critères commerciaux et utilitaires, à travers lesquels les œuvres sont seulement des repères visuels sans fonction pour les habitants et les passants. Mais en envisageant la ville comme dispositif de tensions nouvelles, Les artistes pallient à des questions urbaines qu’aucune spécialité ne résout.

Enfin, la question se pose, de la pérennité de ces œuvres et de leur multiplication dans un paysage urbain qui évolue sans cesse. Sans doute faut-il envisager de nouvelles créations : intermédiaires, dessinant des trajets entre ces œuvres ou éphémères, amenant de nouveaux éclairages sur cet ensemble. Une autre approche est possible, comme le projet d’accompagnement culturel TRANS305 de Stefan Shankland, à la fois œuvres dans le temps et conception d’une future méthodologie pour l’art dans la ville.


Emmanuel Ropers, Responsable du service arts plastiques d’Ivry-sur-Seine


voir aussi la visite virtuelle de l'art monumental dans la ville : http://www.ivry94.fr/web/53249.htm

www.credac.fr

La dernière lauréate de la Bourse d'art monumental : Claire-Jeanne Jézéquel (pdf 693 kb)

Claire-Jeanne Jézéquel
"Balcon (pour longtemps regarder)"
Port d'Ivry
Oeuvre réalisée dans le cadre de la 13e bourse d'art monumental d'Ivry
Photographie : Jean-Marc Treuil / Ville d'Ivry-sur-Seine



Guillaume Leblon
lauréat de la 15e bourse d'art monumental d'Ivry
Vue partielle de l'exposition
"National monument", 2006
Photo : André Morin / galerie Fernand Léger




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